Souvent perçus comme simples et séduisants, les ETF à levier font pourtant partie des instruments les plus mal compris par les investisseurs particuliers. Dans Smart Patrimoine, Régis Yancovici, fondateur et dirigeant de Luxavie, revient sur leur fonctionnement réel, leurs usages pertinents… et les erreurs à éviter absolument.

ETF à levier : une promesse simple, une mécanique complexe

Les ETF à levier existent en Europe depuis une quinzaine d’années. Leur principe est, en apparence, limpide : multiplier la performance quotidienne d’un indice par un coefficient, généralement x2 ou x-2.

Si l’indice progresse de 1 % sur la journée, l’ETF x2 progresse de 2 %. S’il baisse de 1 %, l’ETF recule de 2 %.

Mais cette simplicité cache une réalité plus subtile. En Europe, la réglementation limite le levier à x2 (ou -2). Tout produit affichant un levier supérieur n’est d’ailleurs pas un ETF, et expose à d’autres types de risques, souvent méconnus.

Le point clé à comprendre : le levier est quotidien

L’erreur la plus fréquente consiste à penser qu’un ETF à levier double la performance sur la durée. Or, ce n’est vrai que sur une base quotidienne.

Chaque jour, l’ETF “réinitialise” son calcul. Dès le lendemain, la base de calcul n’est plus la valeur d’origine, mais la valeur obtenue la veille. En cas de volatilité, cet effet peut devenir très pénalisant, même si l’investisseur a raison sur la tendance de fond.

Un exemple simple permet de l’illustrer.

Un indice progresse fortement un jour, puis recule le lendemain. À l’arrivée, l’indice peut rester légèrement positif… tandis que l’ETF à levier, lui, affiche une performance négative. Non pas par dysfonctionnement, mais par construction mathématique.

 

Le temps n’est pas l’allié des ETF à levier

Sur les ETF classiques, une maxime est souvent répétée : le temps est votre ami.

Sur les ETF à levier, c’est l’inverse. Le temps devient un facteur de risque, car la volatilité érode progressivement la performance.

L’exemple du marché de l’argent est particulièrement parlant. Entre les plus hauts de 2011 et les niveaux actuels, le métal affiche une hausse significative sur le long terme. Pourtant, l’ETF à levier correspondant a connu une destruction massive de valeur. La raison est simple : la volatilité cumulée a fait son œuvre.

À quoi servent réellement les ETF à levier ?

Les ETF à levier ne sont pas des produits “mauvais” en soi. Ils sont simplement très spécialisés. Leur usage peut répondre à plusieurs objectifs précis :

– chercher une performance amplifiée sur un mouvement de marché identifié,

– mobiliser moins de capital pour une exposition équivalente,

– mettre en place des stratégies de couverture à court terme.

Mais dans tous les cas, ils exigent une parfaite compréhension du produit, du timing et du risque. Régis Yancovici compare d’ailleurs ces ETF à un scalpel : entre des mains inexpérimentées, ils coupent ; entre des mains expertes, ils deviennent un outil redoutablement efficace.

ETF à levier et gestion active : une évidence

La conclusion est sans appel : le buy and hold est à proscrire totalement avec les ETF à levier. Ils nécessitent une gestion active, quotidienne, avec des arbitrages réguliers et une discipline stricte.

Utilisés dans un cadre maîtrisé, ils peuvent néanmoins s’intégrer à des stratégies sophistiquées et performantes. Mais hors de ce cadre, ils exposent l’investisseur à des déconvenues souvent mal comprises… et donc mal acceptées.

Vous souhaitez échanger ? Contactez-nous.