Avec l’essor des ETF depuis 33 ans et, plus récemment, celui de l’intelligence artificielle conversationnelle, une question revient de plus en plus souvent : l’expertise est-elle en train de disparaître en matière d’investissement ?

Les ETF permettent aujourd’hui d’accéder facilement aux marchés financiers, tandis que l’IA rend l’information et surtout le raisonnement plus accessibles que jamais. Dans ce contexte, le rôle de l’expert semble remis en question. Pourtant, la réalité est plus nuancée.

Nous pouvons dire que les ETF sont à la Gestion, ce que l’IA est à la Cognition.

Invité dans Smart Patrimoine, Régis Yancovici, fondateur de Luxavie, rappelle que les ETF constituent une véritable révolution, en ce qu’ils ont considérablement réduit la distance entre l’investisseur et les marchés. En un seul produit, ils donnent accès à l’intelligence des indices, là où il fallait auparavant des compétences techniques ou des moyens importants.

Cette transformation n’est pas sans rappeler celle de l’intelligence artificielle : dans les deux cas, l’accès au savoir ou aux marchés devient simple, immédiat, presque universel. Mais cette accessibilité ne signifie pas que l’expertise disparaît.

Une expertise qui se transforme

Penser que les ETF rendent les experts obsolètes est une idée séduisante, mais trompeuse. En réalité, l’expertise ne disparaît pas, elle se déplace.

Historiquement, la valeur était largement concentrée dans le stock picking, c’est-à-dire la sélection de titres individuels. Aujourd’hui, avec la montée en puissance des ETF, cette valeur s’est déplacée vers l’allocation d’actifs. La question donc n’est plus seulement de savoir quelle action acheter, mais comment structurer un portefeuille cohérent avec ses objectifs, son horizon d’investissement et son niveau de risque.

Le parallèle avec l’intelligence artificielle est éclairant. La valeur ne réside plus uniquement dans la réponse, mais dans la capacité à poser la bonne question, à définir le bon cadre et à exercer un esprit critique sur les réponses de l’IA. De la même manière, en investissement, disposer d’un ETF ne suffit pas : encore faut-il savoir pourquoi on l’achète, dans quelle proportion et dans quel objectif.

Le stock picking n’a pas pour autant disparu. Il conserve un rôle dans l’efficience des marchés. Mais pour un investisseur particulier, cette approche reste exigeante : elle nécessite du temps, des compétences et une capacité de diversification difficile à atteindre en pratique.

La performance vient de l’allocation

Les études sont sans équivoque : entre 80 et 90 % de la performance d’un portefeuille provient de l’allocation d’actifs. Dans un monde où l’accès aux marchés est devenu extrêmement simple — acheter des actions internationales se fait en quelques clics — la valeur ne réside plus dans l’accès, mais dans la construction.

Investir via un ETF MSCI World peut constituer une première étape pertinente. Mais cela ne suffit pas à bâtir une stratégie complète. L’allocation doit être pensée de manière plus fine, en tenant compte des cycles économiques, des zones géographiques, des thématiques et des risques.

Dans ce contexte, le rôle de l’expert évolue vers celui d’architecte de portefeuille. Il ne s’agit plus seulement de sélectionner, mais d’orchestrer.

Cette allocation doit également intégrer des éléments extérieurs aux marchés, comme les risques géopolitiques ou les cycles économiques.

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Attention à la fausse simplicité

L’un des principaux risques aujourd’hui est celui de la simplicité apparente. Le fait de disposer d’outils performants — ETF ou intelligence artificielle — ne garantit pas de meilleurs résultats. Au contraire, cela peut encourager une forme de paresse intellectuelle.

Un outil, aussi puissant soit-il, ne remplace pas la réflexion. Mettre entre les mains de tous des solutions efficaces ne rend pas automatiquement les décisions pertinentes. Chaque investisseur doit faire son travail : questionner, comprendre, structurer.

Les ETF et l’IA sont des outils remarquables. Mais ils ne dispensent pas de méthode et d’esprit critique.

Cette simplicité apparente peut devenir dangereuse, notamment avec certains produits plus complexes comme les ETF à levier, dont le fonctionnement est souvent mal compris.

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Conclusion

Les ETF ne signent pas la fin des experts en bourse. Ils en redéfinissent le rôle.

L’expertise ne consiste plus uniquement à sélectionner des titres ou des fonds, mais à structurer une allocation, à poser les bonnes questions et à garder un regard critique sur les choix réalisés. Dans un environnement où tout semble accessible, la véritable valeur réside dans la capacité à penser et à décider avec méthode et  cohérence.