La récente volatilité de l’or, avec une baisse de près de 20 % en quelques jours avant un rebond partiel, a ravivé une question récurrente chez les investisseurs : existe-t-il encore de véritables valeurs refuges ? Dans un contexte de marché incertain, la tentation est forte de chercher un actif capable de protéger le capital quelles que soient les circonstances. Pourtant, cette recherche repose souvent sur une idée simplificatrice.

Invité dans Smart Patrimoine, Régis Yancovici, fondateur de Luxavie, rappelle qu’une valeur refuge n’existe jamais en absolu. Elle n’a de sens qu’en fonction d’un contexte précis. Un parapluie protège de la pluie, mais pas du froid. De la même manière, aucun actif ne protège contre tous les risques économiques et financiers.

Le mythe de la protection universelle

L’or est régulièrement présenté comme un rempart contre l’inflation. Pourtant, entre 2021 et 2022, alors que l’inflation américaine passait de 2 % à plus de 7 %, le métal jaune reculait d’environ 15 %. Même lorsque le diagnostic macroéconomique semble évident, la réaction des marchés peut déjouer les attentes.

L’histoire financière regorge d’exemples similaires. Lors de la crise des subprimes, certains fonds monétaires dynamiques adossés à des actifs risqués ont été gelés, rappelant que même des supports réputés prudents peuvent être fragilisés. Autrement dit, la notion de refuge est relative et dépend toujours de la nature du choc auquel on cherche à se protéger : inflation, déflation, récession ou crise de liquidité.

Remplacer le refuge par la diversification

Plutôt que de rechercher un actif miracle, Régis Yancovici préfère parler de diversification. Le terme est consensuel, mais souvent mal compris. Diversifier ne consiste pas à empiler des produits ou à multiplier les zones géographiques et les secteurs d’activité. L’ancienne diversification sectorielle ou géographique est devenue moins efficace dans un monde où les flux financiers sont globalisés et synchronisés.

Une diversification pertinente suppose avant tout de comprendre où se dirige le consensus. Là où les flux sont massifs, les valorisations s’étirent. Et là où les flux sont concentrés, le risque de reflux augmente mécaniquement. Il devient donc essentiel de panacher un portefeuille entre des actifs recherchés et d’autres délaissés, même si cela implique d’aller à contre-courant. Cette démarche exige indépendance d’esprit et discipline, qualités parfois plus faciles à exercer dans des structures agiles que dans de grandes organisations contraintes par la comparaison permanente des performances.

Où chercher la protection aujourd’hui ?

Dans le contexte actuel, un angle mort du marché pourrait résider dans le potentiel déflationniste de l’intelligence artificielle. Si l’IA est largement perçue comme un moteur de croissance, ses gains de productivité pourraient, à horizon de 12 à 24 mois, exercer une pression désinflationniste. Un tel scénario redonnerait aux emprunts d’État un rôle protecteur plus marqué, notamment si les anticipations d’inflation venaient à se replier.

Il ne s’agit pas d’une recommandation tactique immédiate, mais d’une réflexion stratégique sur les équilibres macroéconomiques à venir. La protection d’un portefeuille ne se construit pas sur une croyance, mais sur une lecture cohérente du cycle économique et des flux de capitaux.

Conclusion

La recherche d’une valeur refuge universelle est une illusion rassurante mais trompeuse. La véritable protection réside dans la capacité à analyser le contexte, à identifier les excès de consensus et à construire une diversification structurée. Dans un environnement de marché complexe et changeant, la méthode prime sur le mythe du refuge absolu.