« Fromage ou dessert » ? Un choix connu de tous et qui, si nous l’adaptions à la gestion d’actifs, pourrait se traduire sous la forme « Performance ou bonne conscience» ? Cependant, est-il encore nécessaire de choisir entre gain financier et respect de l’environnement ? Les ETF sont-ils des outils adaptés pour y intégrer des critères ESG ? Difficile de ne pas être sensible à ces sujets au regard des enjeux de notre temps.

Un succès qui ne se dément pas

Aux Etats-Unis, les souscriptions nettes pour le premier semestre 2020 se sont montées à $20.9 Milliards. Ce montant est à rapporter à $21.4 Milliards sur l’ensemble de l’année 2019. Le nombre de fonds indiciels ESG dans le monde a progressé de 40% au cours des douze derniers mois à fin septembre 2020. Cette progression marque la plus forte augmentation sur un an glissant, toute classe d’actif confondue. L’impact du Covid19 a clairement renforcé l’investissement socialement responsable ! Selon une étude portant sur 500 investisseurs institutionnels mondiaux, 51% ont totalement intégré les critères ESG dans leur processus d’investissement, comparé à 36% fin 2019. En France, il existe un label ISR mis en place en 2016. La marge de progression des promoteurs d’ETF dans la labellisation ISR de leurs fonds reste très importante. A fin janvier 2020, 65 sociétés de gestion ont obtenu le label ISR, pour 362 OPCVM dont l’encours total s’élève à 140 milliards d’euros. Sur ces 362 fonds, 20 d’entre eux seulement sont des ETFs.

ETF et ESG : un mariage heureux

Pourtant, ETF et ESG sont deux demandes fortes de la part des investisseurs privés, en particulier des plus jeunes. Le désir de respecter des critères environnementaux et sociaux est clairement plébiscité par ces investisseurs soucieux de l’impact de leurs investissements. De leur côté, les ETF répondent aux exigences de transparence, de flexibilité et de frais contenus.

Critères ESG (Environnement, Sociaux, Gouvernance), ISR (Investissement Socialement Responsable), investissement durable, responsable, éthique… Difficile d’y voir clair sans standardisation. Chaque société de gestion a repris à son compte ces termes. En tout état de cause, il s’agit d’ajouter de la moralité à l’investissement sous forme de critères extra-financiers. Se fier à l’étiquette apposée sur un ETF (ou bien entendu un OPCVM) est donc loin d’être suffisant. Cela impose à chaque investisseur d’aller étudier les critères utilisés et s’ils conviennent au sens qu’il souhaite à son investissement. Là encore l’ETF a un atout face aux autres OPCVM. Il est dans l’ADN de l’ETF d’être transparent et d’exposer sa méthode de gestion et la totalité de son inventaire. Bien sûr, un gérant actif d’OPCVM pourra également définir et appliquer rigoureusement des règles de sélection mais dans ce cas il semblera judicieux, en tout cas aux yeux de l’investisseur, de transformer cet OPCVM en ETF.

Fabrication des ETF ESG

Il existe deux façons de créer des ETFs ESG. La sélection active dite « best in class ». Elle consiste à ne choisir que les entreprises les mieux notées au regard des critères quel que soit le secteur. La sélection passive repose sur la méthode de l’exclusion, en rejetant des secteurs d’activités controversés comme l’armement, le tabac, les jeux d’argent, les activités liées au pétrole, etc… L’investisseur choisira par exemple la première méthodologie s’il ne souhaitait pas que son ETF ESG ne s’éloigne trop du même indice non-ESG ou s’il souhaitait conserver une plus forte diversification.

Et la performance ?

Dès 2015, une analyse menée par l’université d’Oxford et Arabesque Partners concluait que 80 % des études indiquent que les pratiques de durabilité́ ont une influence positive sur la rentabilité́ des investissements.  Cela s’est confirmé depuis 2015. Respectivement 74% et 93% des groupes financiers américains et européens considèrent qu’intégrer des critères ESG améliore la performance. Il faut néanmoins rester très attentif à la source de la surperformance. Vient-elle du fait que les entreprises, respectant des règles morales, auraient plus clients et génèreraient plus de bénéfices ? C’est le message parfois véhiculé par les promoteurs des OPCVM. Mais ce n’est sans doute qu’une partie de la réponse. L’engouement des investisseurs, dont l’afflux de capitaux pousserait plus haut les valorisations, entre également en ligne de compte. Ce phénomène a été qualifié de « Momentum ESG trade » par le patron de BlackRock. L’impact du biais sectoriel des fonds ESG est également sans doute sous-estimé. En effet, l’ADN des fonds ESG est de sous-pondérer les valeurs pétrolières et de sur-pondérer les valeurs technologiques. Le comportement relatif des deux secteurs est très corrélé à la performance des valeurs ESG vs. Indice classique. Le réveil récent des valeurs pétrolières vient le rappeler avec force. Il sera intéressant en 2021, si la rotation sectorielle initiée par la perspective d’un vaccin se poursuit, d’analyser les performances relatives des fonds ESG.

Conclusion

Force est de constater que l’investissement moral a de beaux jours devant lui, d’autant que le marché obligataire n’a pas encore été touché par la vague. On ne peut que se réjouir que les sociétés de gestion répondent présents à cette demande et puissent proposer des gammes denses. Le Cabinet PwC prévoit un triplement des actifs ESG qui dépasseraient ceux investis sur les fonds conventionnels dès 2025 en Europe.

Cependant, sachons raison garder car certains acteurs se parent d’une vertu ESG qu’ils n’ont pas réellement. L’Autorité des Marchés Financiers se soucie des risques de « greenwashing » et souhaite rendre l’offre d’OPCVM ESG plus lisible. De son côté, la Commission Européenne cherche à mettre en place un système de notation. Enfin, même si des études ont montré que concilier l’analyse financière et l’analyse extra-financière pouvaient être source de performance, il semble bon de rappeler que le moteur de la performance demeure avant tout le choix d’une classe d’actifs et que l’ESG n’en est pas une.

Sources : MorningStar – the Index Industry Association – CoreData Research – Université d’Oxford – Arabesque Partners – RBC Global Asset Management

Benjamin Scialom (Resp. Commercial ETFinances – Luxavie)

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