Les ETF sont souvent présentés comme des produits simples, transparents et peu coûteux. C’est vrai… en partie.

Mais derrière l’affichage d’un TER à 0,10 % ou 0,15 %, la réalité est plus nuancée. Les frais existent, ils sont multiples, et ils ne se limitent pas aux seuls frais de gestion. L’objectif de cet article est simple : comprendre où vont réellement les coûts, et comment les maîtriser.

Les coûts de transaction : visibles… mais mal compris

Avant même de parler de frais de détention, il faut s’arrêter sur les coûts liés à l’achat ou à la vente d’un ETF.

Les commissions d’exécution

Lorsque vous passez un ordre, une commission est versée au broker. Selon la plateforme utilisée, il peut y avoir un ou plusieurs intermédiaires (broker, sous-broker), chacun prélevant une part.

Si vous investissez sur des ETF libellés en devises étrangères, il faut également intégrer les frais de change. Une solution simple consiste à conserver une poche en devise pour éviter des conversions répétées.

Le coût le plus sous-estimé : la liquidité

C’est probablement le point le plus mal compris.

Un ETF est coté sur plusieurs places (Londres, Xetra, Euronext, etc.), parfois dans différentes devises. Le choix de la place de cotation influence directement le coût réel d’exécution.

Sur le carnet d’ordres, deux prix coexistent : le bid (prix acheteur) et le ask (prix vendeur).

La différence entre les deux, le spread, constitue un coût implicite. Ce spread rémunère notamment le market maker, qui assure la liquidité du produit.

Point clé : le dernier cours affiché (le “last”) n’est pas le prix auquel vous achèterez réellement. Ce qui compte, c’est la fourchette bid/ask au moment précis de l’exécution.

Dans certains cas, il est possible de réduire ce coût en passant directement par des intermédiaires spécialisés. L’exécution d’un ordre d’ETF est un véritable métier.

Attention aux plateformes “zéro frais”

Certaines plateformes annoncent des frais de transaction à zéro. En réalité, elles se rémunèrent souvent en élargissant le spread.

Autrement dit, le coût n’a pas disparu. Il est simplement intégré dans le prix d’exécution.

Les coûts de détention : visibles… et invisibles

Passons maintenant aux frais liés à la détention de l’ETF.

Le TER : une vision partielle

Le TER (Total Expense Ratio) inclut les frais de gestion et les frais administratifs (dépositaire, comptabilité, conformité…).

C’est le chiffre le plus mis en avant. Mais ce n’est pas le coût total.

La tracking difference : le vrai thermomètre

Pour mesurer l’ensemble des coûts réels, il faut observer la tracking difference, c’est-à-dire l’écart entre la performance de l’ETF et celle de son indice de référence.

Cet écart inclut les frais de gestion, les coûts de réplication, les frais de transaction internes, la fiscalité sur les dividendes, les éventuels coûts de swap (réplication synthétique) et le slippage (décalage entre théorie et exécution réelle).

Sur longue période, cet écart peut être significativement supérieur au TER affiché.

Autrement dit : un ETF ne reproduit jamais exactement son indice. Il le reproduit moins les coûts globaux de fonctionnement.

Réplication physique vs synthétique

Un ETF peut répliquer son indice soit physiquement (achat réel des titres), soit synthétiquement (via un swap avec une contrepartie).

La réplication synthétique implique des frais de swap. La réplication physique peut générer des revenus via le prêt de titres — mais cela comporte aussi un risque.

Dans certains cas exceptionnels, ces revenus peuvent même compenser une partie des frais. Mais cela reste marginal et dépend des conditions de marché.

L’iceberg des coûts

On peut résumer la structure des coûts d’un ETF comme un iceberg.

Partie visible : TER, droits de garde (selon votre établissement).

Partie invisible (mais réelle) : coûts de réplication, fiscalité, coûts de transaction internes, spread de marché, slippage.

Selon les cas, la partie invisible peut représenter 50 à 80 % du coût total réel. Il ne s’agit pas de “frais cachés”. Il s’agit de frais inconnus à l’avance, mais mesurables a posteriori via la performance.

Conclusion : comprendre pour optimiser

Les ETF restent des outils extrêmement efficaces.
Mais ils ne sont pas gratuits.

Trois enseignements essentiels :

1 – Le TER est une information utile… mais partielle.

2 – Le spread et l’exécution peuvent coûter davantage que les frais de gestion.

3 – La tracking difference est le meilleur indicateur du coût réel.

En matière d’investissement, la transparence ne suffit pas. Il faut aussi comprendre les mécanismes sous-jacents.

Et comme le rappelait avec humour Régis Yancovici, paraphrasant Johnny Hallyday lors du webinaire : “les coûts, ça fait mal”… surtout quand on les ignore.

Cet article synthétise les informations du webinaire du 13 février 2026.

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