Cet article reprend les informations du webinaire du 27 mars 2026. 

L’adage est bien connu des investisseurs : il faut acheter au son du canon et vendre au son du clairon. Autrement dit, les périodes de crise — et notamment les conflits — seraient des opportunités d’achat.

Mais cette idée est-elle réellement applicable dans le contexte actuel ? Et surtout, à quel moment faut-il intervenir ?

Dans ce webinaire, Régis Yancovici, fondateur de Luxavie, propose une lecture nuancée : oui, les phases de tension peuvent créer des opportunités… mais seulement à certaines conditions.

Guerre et marchés : attention aux faux signaux

Lorsqu’un conflit éclate, l’information circule en continu : frappes militaires, avancées territoriales, déclarations politiques. Pourtant, ces éléments ont souvent peu de valeur pour l’investisseur.

Une guerre peut comporter de nombreuses batailles gagnées… et être perdue au final. De la même manière, des annonces spectaculaires ne traduisent pas nécessairement un changement durable dans le rapport de force.

Autre point essentiel : la fin d’un conflit n’est pas toujours liée à une victoire claire sur le terrain. Elle peut être déclarée politiquement, à un moment jugé opportun. Cette incertitude rend toute anticipation délicate.

Dans ce contexte, l’investisseur doit se concentrer non pas sur le bruit, mais sur les dynamiques de fond.

Le véritable « moment d’achat » : une phase cathartique

Historiquement, les marchés offrent les meilleures opportunités dans des moments de tension extrême, lorsque le pessimisme est maximal. Ces phases, que Régis Yancovici qualifie de cathartiques, correspondent à des points de rupture psychologique.

L’analyse de plusieurs conflits majeurs le montre :

  • Pendant la Seconde Guerre mondiale, les marchés américains avaient déjà fortement corrigé avant même l’entrée en guerre des États-Unis.
  • Lors de la guerre du Kippour, les marchés ont chuté de près de 40 % avant de se stabiliser.
  • Pendant la première guerre du Golfe, le point bas a été atteint avant l’offensive militaire.

Dans tous les cas, les marchés anticipent. Le rebond intervient souvent avant la fin officielle du conflit.

La difficulté réside donc dans l’identification de ce moment où la tension est à son maximum — et non dans la simple observation des événements.

Le rôle clé du pétrole : un indicateur à surveiller

Parmi les indicateurs historiques les plus pertinents, le pétrole occupe une place centrale.

Les analyses passées montrent qu’un doublement du prix du pétrole est souvent associé à un ralentissement marqué de l’économie, voire à une récession. Aujourd’hui, ce seuil critique n’est pas encore atteint.

Cela signifie que, malgré les tensions, le choc économique reste contenu à ce stade. Mais la situation peut évoluer rapidement, et ce seuil constitue un repère important pour évaluer le niveau de stress réel sur les marchés.

Des marchés encore trop calmes

Malgré l’escalade géopolitique, la correction observée sur les marchés actions reste limitée. Une baisse d’environ 5 à 6 % sur le S&P 500 correspond à une variation relativement classique, y compris en dehors de tout contexte de crise.

En revanche, certains actifs ont connu des mouvements plus marqués. L’or, pourtant considéré comme une valeur refuge, a fortement corrigé, tout comme les mines d’or. Ce comportement renforce l’idée que ces actifs peuvent être davantage liés à des dynamiques spéculatives qu’à une protection systématique.

Par ailleurs, les taux d’intérêt à long terme ont progressé, reflétant des craintes inflationnistes. Cette évolution est importante, car elle constitue un canal de transmission indirect entre la géopolitique et les marchés actions.

Des signaux techniques encore négatifs

L’analyse technique apporte un éclairage complémentaire. Plusieurs indicateurs montrent que les marchés ne sont pas encore dans une zone d’excès susceptible de déclencher un point d’entrée optimal.

Le pourcentage de valeurs au-dessus de leur moyenne mobile reste intermédiaire, loin des niveaux historiquement associés aux points bas. D’autres indicateurs, comme le Coppock ou l’advance-decline line, se dégradent, suggérant que la phase de correction pourrait se poursuivre.

Autrement dit, le moment cathartique n’a probablement pas encore été atteint.

Que faire concrètement ?

Face à cette situation, plusieurs stratégies sont possibles, en fonction du profil de l’investisseur.

Les investisseurs de long terme peuvent choisir de rester investis, en acceptant la volatilité comme une composante normale des marchés. Cette approche suppose une forte discipline et une vision de long terme.

Une deuxième option consiste à mettre en place des stratégies de couverture, notamment via les matières premières énergétiques ou certains ETF spécifiques. Cette approche permet de compenser partiellement les effets d’une crise.

Enfin, une approche plus active consiste à alléger certaines positions en amont, afin de pouvoir se repositionner plus tard dans de meilleures conditions. C’est notamment ce qui a été fait sur les métaux précieux ou certains secteurs cycliques.

Après la crise : un scénario en deux temps

Au-delà de la phase actuelle, il est essentiel de se projeter.

Une fois les tensions apaisées, les marchés pourraient évoluer en deux temps. Dans un premier mouvement, les actifs les plus pénalisés rebondiraient rapidement. Ce phénomène, souvent observé, peut durer de quelques jours à quelques semaines.

Dans un second temps, les investisseurs se repositionneraient sur des thématiques structurelles, notamment celles liées à la baisse des taux d’intérêt. Les secteurs de croissance, en particulier la technologie, pourraient alors redevenir centraux dans les portefeuilles.

Parallèlement, certaines zones comme les marchés émergents — et notamment l’Amérique latine — continuent d’offrir des perspectives intéressantes dans une logique de diversification.

À retenir

L’idée d’acheter au son du canon n’est pas fausse. Mais elle est incomplète.

Les opportunités existent, mais elles apparaissent dans des moments très spécifiques, lorsque la tension atteint un niveau extrême et que le marché a déjà largement intégré les mauvaises nouvelles.

Dans le contexte actuel, ces conditions ne semblent pas encore réunies. La prudence reste donc de mise, sans pour autant perdre de vue que toute crise finit par créer des opportunités pour les investisseurs capables de garder une vision claire et disciplinée.